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Rencontre avec Patrick Leguillette, co-fondateur de la start-up BeeBryte

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Beebryte est une start-up dont les algorithmes permettent d’optimiser les achats d’énergie d’un bâtiment ou d’un site. 

Grâce à sa plateforme d’intelligence énergétique, Beebryte est capable de coordonner des cycles d’autoconsommation, de soutirage et de recharge de batteries. Cette intelligence accroît la valeur des systèmes de stockage d’énergie, contribuant à leur développement comme catalyseurs de la transition énergétique. 

Rencontre avec l’un de ses fondateurs, Patrick Leguillette.

 

Le concept est né des retrouvailles de deux alumni de SUPAERO en 2015 : Frédéric Crampé et vous.

Pouvez-vous nous parler de la genèse de votre projet ?

Effectivement. Frédéric, après SUPAERO, était parti quelques années aux Etats-Unis travailler pour la NASA sur le réchauffement climatique. Après une expérience professionnelle plus commerciale en France et un MBA à Singapour, il s’est orienté vers l’investissement dans les cleantechs et a monté une banque d’affaires à Singapour pour financer des projets dans les énergies vertes. Ça l’a conduit très tôt à s’intéresser au stockage.

Quant à moi, j’ai commencé ma carrière comme ingénieur de l’armement dans l’aéronautique, au centre d’essais en vols, où j’ai notamment participé au développement d’un département de simulation numérique.

Très rapidement, alors que les problématiques comme le réchauffement climatique commençaient à émerger, j’ai vu qu’il y avait davantage de défis à relever dans le secteur de l’énergie et j’ai décidé de prendre ce virage.

Je suis d’abord passé par Alstom, où j’ai appris le management de grands projets de centrales thermiques puis, il y a 5 ans, j’ai rejoint Vergnet, PME clé de l’éolien français, souhaitant sortir du monde des énergies « classiques » pour travailler dans les renouvelables et également rejoindre une structure plus agile.

En parallèle de mes activités de direction de projet, j’ai travaillé sur une problématique R&D : l’augmentation du taux de pénétration éolien sans détérioration critique de la qualité de courant dans des micro-réseaux fonctionnant sur groupe électrogène. Parmi les pistes explorées, il y avait évidemment celle du stockage, séduisante techniquement, mais alors encore trop chère pour être pertinente.

Lorsque nous nous sommes retrouvés, Frédéric et moi étions à des stades de nos vies où nous avions envie nous lancer dans une nouvelle aventure professionnelle, avec une vision commune : le secteur de l’électricité vit un changement profond de paradigme, sous-tendu, entre autre, par l’avènement du stockage.

Expliquez-nous votre idée.

Nous sommes parti du constat suivant : le stockage, sur le papier, c’est techniquement très intéressant car cela permet de décaler dans le temps les instants d’achats et les instants de consommation de l’énergie.

Quand il y a de la volatilité sur le prix du marché de gros de l’électricité comme dans certaines zones géographiques, on est capable, avec du stockage, de faire de l’arbitrage.

De plus, le stockage apporte de la flexibilité côté demande et fournit une réponse au problème de stabilité réseau.

Par-dessus ça, si on observe la courbe d’apprentissage des batteries, on est en train de vivre ce qu’on a vécu dans le solaire dans les années 2000 : dans les 5 dernières années, le prix du stockage a chuté de près de 80% avec notamment l’essor du véhicule électrique ou encore les modèles de Gigafactory de Tesla. Et ce qui n’était pas intéressant lors de nos premiers travaux le devient de plus en plus.

Frédéric et moi avions donc la même idée du potentiel dans le stockage et, au fil des discussions, une idée a émergé, qui est devenue projet et finalement société fin 2015.

Entrons un peu plus dans le détail du concept BeeBryte si vous le voulez bien. Vous tradez de l’énergie ?

Quand on parle de trader de l’énergie, il ne faut pas imaginer un « achat-vente » spéculatif mais le fait d’acheter l’électricité quand elle est peu chère pour la stocker et l’utiliser lorsqu’elle devient plus onéreuse et soulager ainsi l’appel au réseau.

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Avec notre solution, nous exploitons l’opportunité d’arbitrage dans la volatilité du prix.

Mais nous ne fabriquons pas de batteries. L’ADN de la société, c’est le software.

Nous avons ainsi développé une plate-forme cloud en mode SaaS qui héberge de l’intelligence énergétique, j’entends : des algorithmes qui aident à prédire la consommation d’un bâtiment, sa production et les prix de marché, puis calculent des scenarii optimums de conduite des équipements clé de flexibilité. Ça peut être typiquement des batteries – dont nous allons piloter les cycles de charge/décharge – ou des équipements existants comme un chauffe-eau, un chauffage électrique, une climatisation, etc. En bref, partout où il y a de l’inertie et la possibilité de déplacer l’usage.

En déploiement, nous installons un petit boîtier qui va servir de passerelle entre les équipements et la plate-forme et permet dans un sens de remonter les informations et dans l’autre de faire descendre les ordres de fonctionnement.

Vous évoquez le report de la consommation. C’est ce que l’on fait déjà avec les chauffe-eaux et le fonctionnement en heure creuse.

Tout à fait, mais notre solution permet d’exploiter davantage de degrés de flexibilité dans la consommation des bâtiments.

D’un point de vue réseau, nous allons générer et piloter la flexibilité de la demande.

Classiquement, la courbe de consommation est imposée au réseau et au fournisseur d’électricité qui s’alimente sur le marché de gros. Nous rendons cette courbe plus « docile » grâce au stockage et au report de consommation ce qui permet de désynchroniser en partie la consommation physique de l’énergie de son achat.

Avec votre offre, vous ciblez donc les fournisseurs ?

Effectivement, ça peut intéresser les fournisseurs avec une flexibilité qu’ils peuvent valoriser sur les marchés de gros ou d’effacement : nous leur offrons de nouvelles possibilités d’hedging sur le risque porté par leurs achats d’électricité. Mais aussi les gestionnaires du réseau, dont la mission est de résoudre ces problèmes d’équilibre production/consommation.

A côté de ce modèle en B2B2C, nous nous adressons aussi à des clients finaux que nous aidons à réduire leur facture électrique. Pour le moment, ce sont des clients moyens à gros tertiaires ou industriels, le prix du stockage étant encore trop élevé pour une rentabilité dans le secteur résidentiel.

 Vous souhaitez en apprendre davantage sur cette start-up ? Ne manquez pas la suite de cet entretien qui sera diffusée la semaine prochaine et visitez sans tarder la page web de BeeBryte[1].



[1] http://beebryte.com/

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