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Comment l’industrie nucléaire fait-elle face au défi de la sûreté ?

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La sûreté, au centre du développement de l’industrie nucléaire[1]

Les accidents tels que Tchernobyl ou Fukushima nous rappellent l’importance à accorder à la maximisation du niveau de sûreté dans le nucléaire civil. L’analyse du « Retour d’EXpérience » (REX) est primordiale à cet égard afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs que dans le passé. Du fait de la gravité de ces accidents, la filière nucléaire est le domaine industriel le plus suivi par les médias et donc par le grand public. La dangerosité de l’exploitation du nucléaire a poussé les autorités à instaurer un cadre législatif strict et à créer plusieurs organismes de surveillance indépendants, nationaux – Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) – en France et internationaux – l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et la World Association of Nuclear Operators (WANO).

 

Ces organismes définissent des règles afin d’améliorer la sûreté nucléaire suivant deux axes :

• la prévention des risques : il s’agit d’empêcher par tous les moyens que des incidents ou des accidents se produisent (voir schéma ci-dessous) en multipliant les différentes lignes de défense (défense en profondeur) ;

• la limitation des conséquences d’accidents éventuels : l’objectif est de mettre en place des plans d’action adaptés en cas d’accidents pour minimiser leurs impacts sur les populations et sur l’environnement.

 

La pyramide ci-dessous, appelée INES[2],  est l’échelle internationale des évènements nucléaires. Il s’agit d’un outil de communication destiné à faciliter la perception par les médias et l’opinion publique de l’importance en matière de sûreté des incidents et des accidents nucléaires civils. Élaborée en 1990 et mise en application au niveau international en 1991, et en France en 1994, l’INES est maintenant appliquée par une cinquantaine de pays. Dès le niveau 1, signifiant la détection d’une « anomalie sortant du régime de fonctionnement autorisé » (sans contamination ou surexposition d’un travailleur), une communication publique est réalisée via l’ASN.

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Les réponses à l’accident de Fukushima

Le 11 mars 2011, suite à un tsunami et à un tremblement de terre, la centrale de Fukushima Daiichi a été confrontée au cumul d’une perte de ses alimentations électriques et des sources froides de ses quatre réacteurs conduisant à l’impossibilité de refroidir les assemblages de combustible de trois des réacteurs alors en fonctionnement. Face à une situation non prévue dans  le dimensionnement initial des centrales, les procédures techniques de conduite accidentelle et les organisations n’étaient pas adaptées.

L’accident a été classé au niveau maximal de l’échelle de l’INES. Il a provoqué l’évacuation de 150 000 personnes et a contaminé 600 km² de terrain (source IRSN).

Suite à cet accident, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a demandé aux exploitants nucléaires de conduire des « Stress Tests » sur le parc européen, se traduisant en France par une démarche d’Évaluations Complémentaires de Sûreté (ECS) des installations du parc nucléaire français.

Les experts de l’IRSN ont analysé les rapports produits par l’exploitant EDF et ont conclu que « si la poursuite de l’exploitation des réacteurs ne présente pas de risque imminent pour le public, […] les exigences de sûreté à l’égard de certaines situations induites par des agressions, ou des cumuls d’agressions, doivent être renforcées ».

Les actions suivantes ont été lancées :

• déploiement du concept de « noyau dur » destiné à « renforcer la capacité des opérateurs à conserver la maîtrise des fonctions vitales de sûreté des installations sensibles afin d’éviter les rejets massifs ;

• création de la Force d’Action Rapide Nucléaire (FARN), capable d’intervenir en quelques heures sur n’importe quel réacteur endommagé en France ;

• renforcement des locaux de crise en cas d’événements extrêmes.

 La sûreté, une démarche d’amélioration continue

Ces actions montrent la capacité des exploitants, des gouvernements et des autorités de sûreté nucléaire à analyser les causes d’une catastrophe et à en tirer les conséquences. Clairement, la réponse rapide des acteurs du nucléaire à l’accident de

Fukushima visait aussi à rassurer une population choquée par une catastrophe ultra-médiatisée et spectaculaire, mais cette réaction s’inscrit avant tout dans une démarche d’amélioration constante de la sûreté nucléaire en intégrant le retour d’expérience de tout accident.

L’accident de TMI en 1979 qui a conduit, aux États Unis, à la première fonte partielle d’un cœur de réacteur civil avait déjà à l’époque contribué à faire avancer grandement les standards en vigueur en termes de sûreté[3].

L’EPR conçu dans les années 1990, après la catastrophe de Tchernobyl, apporte notamment des progrès en termes de sûreté par rapport aux réacteurs actuellement en exploitation. L’installation gagne en sûreté grâce à des systèmes de contrôle et de sécurité redondants et diversifiés et à travers une nouvelle conception de la structure. L’une des nouveautés significatives apportées par l’EPR est le « récupérateur de corium », un dispositif placé sous la cuve du réacteur permettant de récupérer et de confiner les produits radioactifs en cas de fusion du cœur.

La sûreté nucléaire est un domaine constamment remis en cause. Elle se nourrit des retours d’expérience des accidents avec pour objectif d’en faire diminuer la probabilité d’occurrence et à défaut d’en limiter les conséquences. L’accident de

Fukushima a permis de mettre en place de nouvelles mesures, augmentant paradoxalement la sûreté du parc nucléaire mondial en exploitation.


[1] http://www.irsn.fr/fr/connaissances/installations_nucleaires/les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2-ans/pages/3-france-tirer-les-lecons-de-fukushima.aspx#. V58W7nZOL4Y

http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Environnement/expertises-incidents-accidents/comparaison-tchernobyl-fukushima/Pages/1-impact-environnemental-fukushima-tchernobyl.aspx?dId=5d0cc222-c748-41ea-bae7-33f47b490598&dwId=ebe35772-4442-413c-b628-068fde521abe#. V58YSnZOL4Z

http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20131122_renforcer-surete-nucleaire-concept-noyau-dur.aspx#.V58YpfmLT4Y

[2] International Nuclear Event Scale

[3] Passage de procédures dites événementielles basées sur l’analyse des causes à une Approche Par États (« APE ») basée sur des critères physiques tels que la température ou la pression du circuit primaire de refroidissement

 

 

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