Cet article est dans la rubrique : Energies nouvelles, Environnement, Marché & Régulations

Bientôt des « communautés solaires » en France ?
et // 16 mars 2017 // 3

Solar Frderung Dorf Anlage

Pouvoir bénéficier d’une énergie verte et localement produite, le tout à un prix très compétitif par rapport aux sources d’énergie traditionnelles (pétrole, charbon, nucléaire entre autres), équation impossible à résoudre ?  Rien n’est moins sûr avec l’essor des offres de « solar communities », ou « communautés solaires ». Ce nouveau business modèle, apparu tout d’abord aux Etats-Unis il y a quelques années, commence à s’implanter dans d’autres régions du globe. Le principe est simple : permettre à plusieurs acteurs (collectivités territoriales, entreprises, ou même clients particuliers) de partager les bénéfices d’une source centralisée de production d’énergie solaire ; plus besoin de toiture personnelle donc, chacun possédant des « morceaux » d’un champ solaire : il fallait y penser ! Mais alors pourrons-nous prochainement, en France, acheter des panneaux photovoltaïques situés dans une ferme solaire, et ainsi bénéficier d’énergie verte et compétitive ? C’est sur cette question que nous allons nous pencher après un panorama des communautés solaires dans le monde.

Communautés solaires : de quoi parle-t-on ? 

Le principe de fonctionnement d’une communauté solaire est simple : plusieurs participants achètent (ou louent) des capacités de production solaire au sein d’une unité de production centralisée, l’électricité ainsi produite est distribuée au réseau, et les participants reçoivent les crédits équivalents.

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Source : Smart Electric Power Alliance

On distingue 2 grands types de communautés solaires : installation en toiture, ou au sol (utility-scale). Le modèle en toiture est de loin le moins répandu puisque les coûts sont certes réduits mais restent toutefois élevés en raison de la complexité technique du projet. On voit ainsi des groupements de participants qui investissent dans des installations solaires situées sur le toit d’écoles, d’hôpitaux, de bâtiments publics. Le modèle utility-scale –des milliers de panneaux photovoltaïques posés au sol au sein d’une centrale solaire- est, de loin, le plus répandu et celui sur lequel nous nous penchons aujourd’hui.

Un marché en plein essor aux Etats-Unis, et qui commence à voir le jour dans d’autres pays

Les Etats-Unis ont vu, les premiers, naître ces projets de communautés solaires. Une étude publiée en 2016 par la Smart Electric Power Alliance (SEPA), et avec le soutien du US Department of Energy, montre ainsi une croissance exponentielle des capacités installées en communautés solaires aux USA : 21MW en 2014, 115MW en 2015, et plus de 530MW attendus d’ici 2020. Il faut dire que le potentiel de marché est énorme, notamment pour le segment B2C (petits professionnels et clients résidentiels). En effet, les récentes études s’accordent à dire qu’en moyenne, 60% des ménages américains ne peuvent pas accéder à l’énergie solaire, et ce pour plusieurs raisons : 1)    Raison la plus commune, ces ménages ne possèdent pas de toit et vivent en appartement 2)    Ces ménages ont bien un toit, mais ce dernier n’est pas adapté pour recevoir des panneaux solaires (ombrage, mauvaise inclinaison, etc.) 3)    Ces ménages n’ont pas les capacités financières de faire poser des panneaux individuels en toiture 4)    Ces ménages décident, par crainte (audit énergétique, modification de la toiture, démarches administratives, etc.) ou par goût esthétique, de ne pas installer de panneaux solaires Grâce aux communautés solaires, plus besoin de toiture, les particuliers peuvent payer « upfront » ou prendre un leasing, et le coût par panneau solaire est réduit via les économies d’échelle. Tout ceci repose sur le principe du Virtual Net Metering, qui permet de créditer la facture de chaque client en fonction de la production de ses panneaux, comme le montre le schéma ci-dessous :

Illustration 2

Source : energysage

Pour terminer ce panorama mondial, il est crucial de comprendre le rôle de la réglementation et des différentes subventions pour le déploiement de projets de communautés solaires. Ainsi, aux USA, les Etats tels que le Colorado ou le Massachusetts sont les plus généreux en termes d’aides publiques et de régulation favorable, et on y observe une capacité installée en communautés solaires bien supérieure aux autres Etats. Notons également que le Brésil, grâce à la mise en place des Virtual Net Metering Credits, connait des balbutiements de communautés solaires ; mais le potentiel marché est énorme.

En France, une réglementation évoluant dans le bon sens mais limitant encore le développement de réelles communautés solaires

On observe en France une volonté réelle de développer les énergies renouvelables et plus particulièrement le solaire comme en témoigne la loi visant à favoriser le développement de l’autoconsommation adoptée le 15 février et confirmant l’ordonnance déjà adoptée au 28/07/2016. Le principe de cette loi est de donner la possibilité à un particulier ou à une personne morale de déduire de sa facture la part d’électricité produite par ces moyens de production (solaire essentiellement). Dans le cas d’une personne morale, les points de soutirage et d’injection doivent toutefois être situés sur une même antenne basse tension du réseau public de distribution. La personne morale en question indiquera au gestionnaire de réseau de distribution la répartition de la production autoconsommée entre les consommateurs concernés, les gestionnaires de réseaux ayant pour obligation de faciliter les opérations d’autoconsommation (ce qu’ENEDIS fait en déployant le compteur Linky capable de compter les électrons entrants et sortants). Si cette loi constitue bien un premier pas vers la possibilité de constituer des communautés solaires, elle les limite à des communautés géographiquement regroupées telle qu’une résidence par exemple. Le contexte est toutefois favorable à l’autoconsommation d’électricité solaire du fait : -          de la chute des prix des panneaux solaires -          de la baisse des tarifs de rachat (variable entre 12 et 24 cts/KWh) -          de la hausse du prix de l’électricité (16 cts/KWh sur le tarif bleu). Difficile toutefois de dire si les consommateurs et promoteurs immobilier se saisiront de l’occasion pour aider au développement du solaire en France.

Des projets d’actionnariat local ou de financement participatif pour impliquer les citoyens dans la transition énergétique

Aujourd’hui, en France, les projets se rapprochant le plus de cette idée de communautés solaires sont les projets d’actionnariat local dans les énergies renouvelables (solaires mais existant aussi dans l’éolien) ou encore des exemples de financement participatif (parc solaire dans le Var à Bresse Sur Issole par une filiale d’ENGIE par exemple). Dans ces projets solaires, les participants n’achètent pas de panneaux mais investissent, sur un modèle de crowdfunding, et reçoivent en contrepartie non pas de l’énergie mais un retour sur investissement. Il s’agit ici d’acheter un placement financier avantageux tout en contribuant au financement de la transition énergétique. Citons l’exemple d’Energie Partagée, « coopérative d’investissement citoyen » pilotée par le fournisseur français d’énergie renouvelable Enercoop, qui propose à des particuliers d’investir pour une durée de 10 ans dans des projets de production d’énergie verte pour un taux de retour sur investissement de 4% environ et en laissant le choix de l’énergie financée (solaire, éolien, hydraulique, biomasse). Quelques 4600 particuliers ont déjà franchi le pas et investi dans une trentaine de projets en France pour un total de 12 millions d’euros collectés, sans pour autant pouvoir prétendre à des réductions d’impôts (supprimées par la loi de Finances de 2011). Ces initiatives ont l’avantage d’impliquer toujours plus les citoyens dans la transition énergétique, mais elles ne leur permettent pas de consommer directement de l’énergie verte. Elles restent donc éloignées du modèle de communautés solaires « utility-scale » à l’américaine qui permet de devenir son propre producteur / consommateur d’énergie renouvelable mais qui nécessite une régulation et des politiques énergétiques locales favorables. Néanmoins, et quel que soit le modèle utilisé, ces initiatives doivent être encouragées et facilitées afin de permettre à un maximum d’être acteurs de la transition énergétique.

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