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Rencontre avec Anne Lange, fondatrice et directrice générale de la startup Mentis

Anne Lange nous a accordé quelques instants pour partager avec nous ses expériences dans le domaine du digital, notamment à la tête de sa startup Mentis. Mentis propose une offre de plateforme dans le domaine de la mobilité connectée. Anne a aussi partagé sa vision de la femme entrepreneur. 

Anne Lange

Anne Lange

Formation

  • ENA
  • Sciences Po Paris

Expérience professionnelle

  • 2014 à aujourd’hui : elle fonde et dirige sa start-up Mentis
  • 2004 à 2014 : elle est Directrice du Secteur Public Europe, Directrice Exécutive des Opérations Mondiales Media et Secteur Public (en poste alors aux États-Unis), puis finalement Directrice Exécutive pour l’Innovation au sein de la Division Internet Business Solution Group chez Cisco.
  • 2003 à 2004 : elle devient Secrétaire Général du Forum des droits sur Internet, rattachée au bureau du Premier ministre
  • 1998 à 2003 : elle occupe les postes de Directrice de la Planification Stratégique puis du Dpt. e-business Europe chez Thomson
  • 1994 à 1998 : elle dirige le bureau de la tutelle de l’État sur l’audiovisuel public rattachée au bureau du Premier ministre

Mandats et fonctions en cours

  • Administratrice d’Orange
  • Directrice Générale de Mentis
  • Administratrice de Metabolic Explorer
  • Administratrice de l’Imprimerie Nationale

Carrière et startup 

BearingPoint. Votre parcours professionnel est impressionnant. Si vous ne deviez citer que deux postes que vous avez occupés, lesquels choisiriez-vous ?

Anne Lange. Mon premier poste dans l’administration a été un électrochoc car en tant que diplômés de l’ENA, nous arrivons très jeunes à des postes de management et de responsabilité où nous nous trouvons sans filet. Je me rappelle notamment comment, en pleine grève générale de l’audiovisuel public, je me suis retrouvée à 25 ans dans l’obligation de présider une réunion et rendre l’arbitrage sur ce qui pouvait être concédé aux syndicats. J’avais en face de moi tous les présidents de chaîne, dont MM. Elkabbach (France Télévision) et Cavada (Radio France), des hommes à la carrière brillante et surtout avec une expérience incomparable à la mienne. La difficulté dans ces moments-là est de faire la part entre sa personne et la fonction qu’elle incarne. Vous en ressortez très humble ou très arrogant, il n’y a guère de milieu.

Ensuite, mon poste le plus riche d’enseignement a été celui chez Cisco en Silicon Valley. J’avais en charge les opérations de notre groupe global de conseil en stratégie et en innovation. Exercer ces fonctions au cœur du réacteur Cisco et au cœur du plus gros moteur d’innovation qu’est la Silicon Valley a été l’expérience la plus stimulante de ma carrière. Jamais le monde ne m’a semblé tourné aussi vite, ni le champ des possibles être aussi vaste.

Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler aussi tôt dans le domaine du digital et de l’innovation ?

La curiosité : quelque chose allait forcément se passer, je n’ai pas été déçue !

Il y a deux ans vous avez fondé Mentis, start-up dont vous êtes la CEO. Quel est le principe de Mentis et quelle est son histoire ?

Mentis est une société de logiciel spécialisée dans l’Internet des objets et les services à l’espace urbain. Nous proposons une plateforme de services qui peut gérer des usages aussi variés que les taxis connectés, le parking intelligent, le guidage en zone urbaine pour trouver les points d’intérêt de la ville et interagir à travers du marketing ou de la transaction. La société est née de mon dernier projet Smart City chez Cisco. J’ai alors rencontré mon associé, serial entrepreneur et informaticien de talent, avec lequel j’ai décidé de créer les couches applicatives de la Smart City et de la mobilité connectée qui n’intéressaient pas Cisco qui intervient plus bas dans les infrastructures.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos solutions CogniX, Horizon et Mov’Smart ? Quels sont les exemples d’applications de ces solutions, en particulier dans le domaine des utilities ?

Les trois logiciels s’imbriquent et forment les solutions Mentis. CogniX est notre moteur de gestion des objets connectés, il permet de connecter un nombre illimité d’objets, de s’affranchir des hétérogénéités de réseaux et de standards de communication, de restituer en temps réel une information propre, filtrée, prête à l’usage. Horizon gère le bouquet de services, par exemple, sur un kiosque de mobilité connectée où les clients peuvent payer leur stationnement et s’informer sur les activités en ville, Horizon va gérer l’affichage des places disponibles, la base de données résidents, offrir plus de 20 modes de paiement, orchestrer l’outil de marketing digital… Horizon est pour le portail d’information en ville ce que l’AppStore est au smart phone, son interface est d’ailleurs similaire à celle d’un smartphone pour accéder aux différents services. La plateforme étant ouverte, les clients villes peuvent y ajouter toutes les applis maison qu’ils souhaitent. Enfin, MovSmart est l’application de smart parking et smart mobilité destinée aux utilisateurs.

Comment ces solutions sont-elles adoptées par vos clients ? Et qui sont vos clients ?

Nous avons des projets en France (Smart Parking), en Malaisie (taxis connectés de Kuala Lumpur), au Canada (kiosques d’information et de gestion du parking dans les gares québéquoises) et aux Etats-Unis (connexion du réseau de garages privés IPark à New-York où les clients sont reconnus par leur plaque d’immatriculation et gèrent leur abonnement sur une appli).

Quelle est la vision stratégique à 3 ans et à 5 ans pour Mentis ? Quels sont les facteurs externes à prendre en compte, selon vous ?

Les clients de Mentis sont les grands équipementiers des villes : Telcos (Telekom Malaisia en Malaisie par exemple), grands fournisseurs d’énergie (EDF), aménageurs et constructeurs (Bouygues), gestionnaires de services (Indigo). Mentis souhaite leur fournir un middleware complet de gestion de l’espace urbain, plateforme sur laquelle ils viendront brancher toutes leurs applications métiers verticales. Nous avons développé de façon très complète plusieurs services liés à la mobilité, tels que les parkings intelligents, les taxis connectés, les infos transports temps réel et les informations smart city, dans le but d’en faire une simple brique de départ, à côté de laquelle nos partenaires viendront ajouter leurs propres services : recharge électrique centralisée, vidéo-surveillance, transports publics autonomes… Nous offrons la première plateforme intégrée réelle de smart city.

Les grands groupes travaillent à plus de collaboration avec les start-ups. En tant que Directrice au sein d’un grand groupe et de fondatrice de Mentis, votre start-up, quelle en est votre vision ?

Les grands groupes sont nos clients et partenaires : nous servons d’accélérateur au déploiement de leurs projets les plus innovants, ils nous apportent leur force de frappe sur le terrain, à savoir leur capacité de distribution et de déploiement de services. Pour nous, ce modèle est très porteur et nous tirons une grande fierté quand l’un d’eux – c’est arrivé à plusieurs reprises – modifie un produit ou aménage une interface pour mieux profiter des potentialités de nos logiciels.

Pour finir sur cette première partie d’interview, une question culturelle. Vous avez vécu aux Etats-Unis, est-ce que la méthode de travail y est très différente de celle en France ?

Totalement différente : le Français est cartésien, analytique, le raisonnement théorique précède l’action ; l’Américain est pragmatique, il théorise a postériori sur la base de l’expérience observée sur le terrain. Le premier est plus stratégique, le second plus tactique. Je ne dis pas que les deux méthodes ne finissent pas par se rejoindre, mais elles peuvent amener certaines incompréhensions. C’est ce qui fait le charme des collaborations internationales, comprendre ces différences culturelles constitue la première marche vers le succès, pour les deux parties.

 

 

Lorsque nous interviewons une femme entrepreneur, nous aimons lui demander son avis sur sa place de femme dans l’entreprenariat. Votre parcours très riche nous fait penser que vous avez sans doute beaucoup à nous apprendre sur ce sujet.

D’après le journal La Tribune, il n’y a que 21% de femmes dans la French Tech. Est-ce que pour vous le fait d’être une femme entrepreneur dans les milieux technologiques est antinomique ou bien est-ce un atout ?

C’est forcément un atout puisque le fait de se distinguer offre souvent un levier pour émerger. Il y a encore peu de femmes entrepreneures car cela implique des sacrifices personnels et familiaux que l’on ne peut pas nier. Pour y arriver, il faut accepter les contraintes avec sérénité et philosophie, bien maîtriser le stress et se doter d’une logistique infaillible. Cela demande beaucoup de sang froid.

Comment pensez-vous que les choses vont évoluer dans les prochaines années ?

S’agissant de l’entreprenariat au féminin, il pourrait se développer car être son propre patron offre aussi une liberté qui peut convenir aux femmes. Leur problème est moins la charge de travail que sa répartition : elles doivent avoir la souplesse de monter au front quand elles ont une obligation familiale et ne pas rendre de comptes constitue pour elle un allègement de contrainte immense.

S’agissant de l’accession des filles aux métiers liés aux technologies, le temps et la popularisation de ces métiers vont améliorer les choses. Notre Société se débarrasse de ses interdits et de ses inhibitions, elle va dans le bon sens.

Nos observations nous portent vers la conviction que le véritable challenge de l’entreprenariat au féminin est l’accès au financement. Est-ce que vous partagez ce constat ?

L’accès au financement n’est pas un enjeu homme/femme, en tous cas je ne l’ai pas ressenti, c’est un enjeu David contre Goliath : l’argent d’investissement abonde dans le monde, mais les investisseurs – surtout les banques – exigent des garanties que ne peuvent pas fournir les petites structures. De ce point de vue, la politique de dotation de fonds de structures telles que la Caisse des Dépôts ou la BPI est essentielle. Ces structures facilitent l’accès au financement à des TPE-PME qui sont les vrais vecteurs d’emplois pour demain.

Pourtant, des femmes montent leur collectif de startups (Incubateur Paris Pionnières, Femmes investisseurs,…) pour aider les startupeuses a démarré. Est-ce que vous avez vu des collectifs similaires aux Etats-Unis ?

Les réseaux ont une utilité phénoménale et les Américains sont les maîtres en la matière. J’appartiens évidemment à plusieurs réseaux féminins et tout autant de réseaux business, ils constituent de véritables « assets ». Tocqueville l’a admirablement observé : la supériorité du régime démocratique américain venait selon lui de la capacité à décentraliser une partie du pouvoir sur des communautés locales plus solidaires car proches, faisant donc contrepoids à l’individualisme naturel des êtres humains.

La règle d’efficacité d’un réseau humain s’apparente pour moi à celle d’un réseau technique : l‘utilité est proportionnelle au nombre des autres utilisateurs, pour le fax ou le téléphone par exemple, la valeur du réseau est égale au carré du nombre de clients. Il est frappant de voir que notre économie moderne est dominée par le modèle des plateformes digitales (Apple, Uber, Booking…), qui sont la traduction numérique du phénomène de réseau. Donc oui, les réseaux sont une bonne chose, et une dynamique incontournable de la société moderne.

Pour finir, avez-vous des anecdotes particulières à nous raconter ?

Toutes les femmes ont leur petit florilège de remarques sexistes.

Quelques-unes me reviennent à l’esprit : A la sortie de l’ENA un camarade que j’aime beaucoup en plus a décrété que le classement de sortie ne comptait pas pour moi puisque j’étais une fille ; chez Thomson, un membre des RH m’a fait remarquer qu’avec un mari consultant dans un grand cabinet de conseil je n’allais quand même pas oser demander une augmentation.

Mais je voudrais rendre aussi hommage aux hommes qui font confiance aux femmes : chez Thomson Multimedia, le DG de l’époque, Christophe Ripert, m’a recrutée enceinte de 6 mois. Chez Cisco, mon patron Simon Willis, m’a proposé un poste aux US malgré tous les préjugés et l’opposition d’un de ses collègues qui trouvait qu’on ne faisait pas déménager une mère encombrée de trois enfants.

Les hommes dans l’entreprise sont aussi les meilleurs soutiens des femmes. Combien m’ont dit avec sincérité admirer tout ce que nous assumons. Ma reconnaissance envers ces hommes qui aiment vraiment les femmes dans la vie professionnelle est immense.

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