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L’électricité solaire : entre abondance et mauvais timing
and // 30 November 2016 // 0

2La Sillicon Valley n’a pas le monopole des grandes visions ambitieuses. Il arrive, parfois, que des start-ups célèbres pour leur pugnacité disruptive soient en réalité très en phase avec des grands groupes historiques. L’été 2016 l’a prouvé lorsque, coup sur coup, deux fusions-acquisitions font parler d’elle : le 18 juillet, Total conclue son rachat du français Saft pour 1 milliard d’euros[1] et confirme ainsi sa volonté de servir de trait d’union entre sa filiale photovoltaïque SunPower et ce constructeur de batteries. Quelques jours plus tard, le conseil d’administration de SolarCity accepte la proposition de Tesla pour un rachat à 2,6 milliards de dollars[2].

L’espoir d’une baisse durable et structurelle des coûts du solaire

Cet enthousiasme autour des entreprises du secteur photovoltaïque s’explique très bien : le prix de leurs produits ne cesse de diminuer. Le prix d’un panneau solaire suit une dynamique décroissante en corrélation directe avec la croissance du parc mondial de panneaux solaire. Cette baisse constante du prix des modules au fur et à mesure qu’ils sont installés a même été théorisée par le prestigieux hebdomadaire The Economist : c’est la « Loi de Swanson ». Un constat très similaire à celui formulé dans la célèbre loi de Moore, qui prédisait la baisse constante du prix des microprocesseurs. La tendance identifiée par la loi de Moore rend possible le fait d’équiper aujourd’hui tous nos produits du quotidien en microprocesseurs, permettant ainsi d’entrer dans le monde des objets connectés et du tout-digital. Que permettra la loi de Swanson ?

 

1[3]

La production d’énergie photovoltaïque possède deux avantages compétitifs fondamentaux : le combustible est gratuit et que le « cœur de réacteur » – le panneau solaire – semble maintenir un cap stable de décroissance des prix. Bloomberg recense des prix moyens de panneaux allant de 76 USD/Wc[4] en 1970 à moins de 0,30 USD/Wc aujourd’hui. Cette baisse pérenne laisse petit à petit un espace économique assez large pour compenser le talon d’Achille de cette source d’énergie : sa disponibilité.

Le mauvais timing des photons : un verrou partout et pour toujours ?

La diminution spectaculaire des prix pourrait laisser rêver à un monde du tout-solaire. Mais il existe encore une embuche sur le chemin qui pourrait mener à un tel monde : l’adéquation entre la production d’électricité et sa consommation. Lorsqu’un panneau solaire est éclairé, l’électricité est produite instantanément et c’est instantanément qu’elle doit être consommée. L’opportunité que représente la baisse structurelle des prix du solaire ne peut donc révéler toute sa puissance qu’à la condition que les solutions de stockage s’améliorent, s’enrichissent, maturent… Si le stockage à grande échelle devient possible, le solaire à grande échelle le deviendra également.

C’est cette interdépendance qui a été illustrée lors des deux grands rachats de cet été. Et la baisse des prix du solaire a déjà permis l’émergence d’offres allant en ce sens, en particularité  dans les zones où elles démontrent déjà une pertinence économique :

  • Les territoires insulaires, par exemple, ne permettent pas aux réseaux électriques de générer des économies d’échelle et leur alimentation électrique coûte donc très cher. Ainsi, Tesla et SolarCity ont développé ensemble une offre d’électricité solaire stockable à Hawaï[5].
  • Dans les zones où l’électricité est instable ou indisponible, les solutions alternatives se multiplient et les composantes de la facture énergétique complète s’additionnent. Les consommateurs sont contraints de s’équiper en groupes électrogènes, à racheter le matériel abimé par les fluctuations de fréquence etc…. Là encore, l’électricité solaire stockable prend tout son sens et c’est ainsi que Bolloré[6], Total[7] et plus récemment EDF[8], se sont positionnés en lançant des projets sur des régions off-grid ou bad-grid[9], en Afrique et dans d’autres pays émergents.

Vers une convergence de la mobilité et de l’électricité

La baisse pérenne du prix de l’énergie solaire peut laisser rêveur. L’argument classique en faveur du solaire est la gratuité et l’abondance de sa matière première. Cet argument prend de plus en plus de force au fur alors que le prix des panneaux diminue. La matière première est gratuite, le moyen de conversion le devient presque.

Mais abondance ne veut pas dire utilité : un avenir tout solaire ne peut prendre corps qu’à la condition de savoir stocker cette énergie. Le développement de l’industrie automobile électrique présente une opportunité considérable pour résoudre ce problème de stockage. Les volumes cumulés du marché de l’automobile et de l’électricité convergent petit à petit pour faire croître le marché de la batterie. La voiture et la fée électricité ont démontré une fâcheuse tendance à façonner notre quotidien, il y a lieu de croire qu’elles pourraient façonner notre énergie.



[1] « Total prend le contrôle de Saft Groupe après le succès de l’Offre Publique d’Achat », Communiqué de presse du groupe Total, 18 juillet 2016

[2] « SolarCity accepts Tesla’s $2.6 billion offer; both shares fall », Reuters, 1er août 2016

[3] « International technology roadmap for photovoltaics » 2016

[4] USD/Wc : le dollar par Watt crête est la métrique fréquemment utilisé pour comparer le prix de panneaux solaires et correspond au montant d’un panneau divisé par sa capacité nominale.

[5] “SolarCity to Use Tesla Batteries for Project in Hawaii”, Fortune, 16 février 2016

[6] « Bolloré accompagne l’Afrique sur la voie de l’autonomie énergétique », BFM TV, 5 mai 2015

[7] « Total lance Awango by Total, des solutions solaires pour faire progresser l’accès à l’énergie », site total.com, 12 novembre 2012

[8] « Off Grid Electric et EDF lancent une nouvelle offre d’énergie solaire hors réseaux pour l’électrification rurale en Afrique de l’Ouest », Site edf.fr, 9 novembre 2016

[9] La notion de consommateurs « off-grid » désigne les consommateurs qui ne sont pas rattachés au réseau conventionnel d’électricité. D’autres consommateurs sont rattachés en « bad-grid », c’est-à-dire à des réseaux soumis à des coupures régulières ou à une fréquence ou une tension instables.

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