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L’industrie électro-nucléaire française – Partie 1
and // 31 December 2014 // 6

Les enjeux de l’industrie électronucléaire française pour en devenir le leader mondial

Centrale

D’ici à 2050, le monde comptera 3 milliards d’habitants supplémentaires, il faudra produire 2 fois plus d’énergie et diminuer par un facteur 2 les émissions de CO2. L’énergie de demain devra donc émettre 4 fois moins de CO2 dans l’atmosphère, par rapport à celle que nous utilisons aujourd’hui.

Pour répondre à ces enjeux de demain, l’énergie nucléaire est une option incontournable pour contribuer à un mix-énergétique qui réponde en toute sécurité aux multiples contraintes liées à cette demande croissante.

Au début des années 60, la France s’est lancée dans un programme électronucléaire afin de garantir son indépendance énergétique. C’est le choc pétrolier de 1973 qui va conduire à une accélération spectaculaire de ce programme, avec la mise en service de 34 réacteurs en seulement 11 ans. Aujourd’hui, la France est la deuxième puissance électronucléaire au monde, derrière les Etats-Unis, avec 58 réacteurs en fonction, qui totalisent 63,1 GWe de puissance installée et une production annuelle de 403,7 TWh qui représentent 73,3% de la production électrique (chiffres 2013).

Avec un savoir faire acquis depuis les années 70, les acteurs de cette filière nucléaire française sont aujourd’hui des entreprises d’envergure mondiale au premier rang desquels nous trouvons :

  • EDF, qui avec son parc de 58 réacteurs en France et 15 en Grande Bretagne est le plus important producteur mondial d’électricité nucléaire
  • Areva, qui est présent tout au long du cycle de vie du combustible nucléaire, et qui est également un acteur majeur pour la fabrication des composants de l’îlot nucléaire (chaudières et installations relatives au combustible)
  • Alstom, qui est le leader mondial pour la fourniture des ensembles turbine-alternateur
  • Bouygues et Vinci qui sont les acteurs historiques spécialisés dans le génie civil et les ouvrages d’art

Aux côtés de ces grands acteurs, on trouve des entreprises de taille intermédiaire et des centaines de PME spécialisées dans le nucléaire. Sans oublier le Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), et l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs (ANDRA) qui sont autant d’acteurs importants de la filière.

Fort de son savoir-faire dans la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance de centrales nucléaires, la France peut légitimement prétendre occuper une place de premier plan dans le secteur du nucléaire civil mondial. Néanmoins, un ensemble de facteurs endogènes et exogènes font que la France peine à occuper cette place de leader mondiale dans ce secteur. Quelles en sont les causes ?

Tout d’abord, une série d’accidents ont contribué à ébranler certaines certitudes sur l’industrie nucléaire. En 1979 se produit l’accident de Three Mile Island, aux Etats-Unis, avec une fusion partielle du réacteur. En 1980 survient à Saint-Laurent-des-Eaux un des accidents les plus graves recensé en France, avec ici aussi, une fusion partielle du cœur du réacteur. La catastrophe de Tchernobyl en 1986 va marquer un premier tournant majeur dans les perspectives d’évolution du nucléaire. Enfin, l’accident de Fukushima Daiichi en 2011 relance une nouvelle fois les interrogations sur l’industrie du nucléaire au moment même où ce secteur connait justement un début de renaissance.

Après chacun de ces accidents, les exploitants nucléaires ont ainsi dû se remettre en question et améliorer la sûreté de leurs installations. Alors que les besoins énergétiques sont en augmentation, le premier enjeu de la filière électronucléaire française est de démontrer sa capacité à maîtriser les risques et à concevoir et exploiter des centrales nucléaires en toute sûreté pour l’homme et son environnement.

Par ailleurs, l’« Equipe France » du nucléaire civil peine à s’imposer sur le plan international avec son réacteur de 3ème génération, l’EPR. Nous l’avons vu en 2009 lorsque le consortium mené par EDF, GDF Suez, Areva et Total n’a pas su convaincre les Emirats Arabes Unis pour la construction de quatre centrales nucléaires.  De plus, les difficultés rencontrées sur le chantier finlandais d’Olkiluoto (sous la responsabilité d’Areva) et sur le chantier français de Flamanville (sous la responsabilité d’EDF) illustrent la complexité à maîtriser les coûts et les délais d’un projet aussi complexe que l’EPR.

Or, les projections de l’AIEA montrent que le nombre de centrales nucléaires dans le monde devrait augmenter régulièrement au cours des 20 prochaines années, avec une hausse de la capacité électronucléaire entre 23 et 100% d’ici à 2030. Les enjeux économiques sont donc considérables et les capacités de la France pour conquérir des parts de marché des futures centrales restent à démontrer aussi bien d’un point de vue technique que d’un point de vue commercial.

Enfin, sur le plan national, les performances industrielles doivent s’améliorer. En effet, la disponibilité des centrales reste le talon d’Achille d’EDF. Or le niveau de production des centrales, exprimé en TWh, doit permettre de répondre aussi bien aux besoins du marché intérieur qu’aux opportunités d’exportation vers les marchés extérieurs. Pour améliorer ses performances, EDF doit travailler sur 3 axes :

  • Diminuer les avaries qui provoquent des arrêts fortuits non planifiés
  • Maîtriser la durée des arrêts planifiés pour les interventions de maintenance préventive
  • Améliorer la qualité des interventions et éviter les reprises d’opérations mal réalisées

Avec un point de Kd (le fameux coefficient de disponibilité) valorisé a environ 200 M€ de résultat, les gains potentiels sont donc colossaux. Ceci explique les projets lancés par EDF pour améliorer ses programmes de maintenance préventive, améliorer la logistique et la gestion des pièces de rechange, ou encore refondre son système d’information pour la maintenance des centrales nucléaires.

Finalement, devenir le leader mondial de l’industrie électronucléaire, c’est répondre de la meilleure manière qui soit à des enjeux technico-économiques incompatibles entre eux, et qui pourraient se résumer par « maîtriser les risques nucléaires sans dégrader la disponibilité de ses équipements industriels tout en maitrisant les coûts d’exploitation ». C’est pour relever ce défi qu’EDF a mis en œuvre le programme Génération 2020  que nous présenterons dans un prochain article.

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